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  • Mon premier emploi d’été : le marché Atwater et le grand vol

    Mémoires d’Alex, chapitre « Le travail ». Parce que, comme tout bon travailleur honnête, il faut bien parler de quelque chose d’important.

    Mon premier emploi d’été

    Mon premier vrai job d’été, c’était chez ma cousine Véronique, avec ses frères Patrick et Dominic, au marché Atwater. Un vrai travail, avec un vrai horaire et une vraie paye. J’étais prêt à conquérir le monde, un panier de légumes à la fois.

    Ma mère était tellement fière.

    Tellement fière que le premier jour, elle débarque au marché avec ma grand-maman, Madeleine Brodeur. Elles venaient voir leur petit travailleur à l’œuvre. Et comme on ne peut pas recevoir de la grande visite debout entre deux étals, on part au petit resto du coin.

    On prend trois heures.

    Trois heures de dîner, le premier jour. Quand je suis revenu, mon cousin était furieux : « T’es en retard! On te coupe une heure! » J’ai appris ma première leçon de la vie de travailleur : la fierté de ta mère, ça coûte une heure de salaire. Et ça les vaut toutes.

    L’aménagement paysager

    Après la Saint-Jean-Baptiste, on est passés à l’aménagement paysager. De la terre, des plates-bandes, du soleil, des courbatures. Le genre de job où tu rentres le soir avec de la terre jusque dans les oreilles et la fierté d’avoir fait quelque chose de tes mains.

    À la fin de l’été, je suis rentré à Québec avec à peu près 2 000 $. Une fortune. Je me voyais déjà riche, libre, indépendant.

    Le grand vol

    Le jour même, mes parents entrent dans ma chambre. Sérieux. Organisés. Comme une délégation syndicale.

    « Bon. Avec cet argent-là, tu vas payer tes livres d’école. Tes lunettes. Ta passe d’autobus. »

    Tout. Ils avaient une liste.

    Et moi, du haut de mon été de travail, j’ai protesté : « C’est quoi, dans le fond? Vous me volez mon argent! »

    Avec le recul, je sais que non. Ils m’apprenaient ce que ça coûte, grandir. Mais sur le coup, c’était le plus grand braquage de l’histoire du Québec, commis par mes propres parents, dans ma propre chambre.

    Une tradition familiale

    J’aurais dû le voir venir. C’est une tradition chez nous.

    Le premier emploi de mon père, c’était à l’usine Coke de Verdun. Il rentrait à la maison avec sa paye de 300 $. Sa mère prenait l’enveloppe, et elle lui redonnait… 5 $.

    Cinq piastres. Sur trois cents.

    À côté de ça, mes parents étaient des philanthropes. Ils m’avaient laissé le droit de protester.

    Mais c’était normal, à l’époque : quand tu vis sous le toit, tu contribues. Et je pense que c’est pour ça que, dans ma famille, on a tous appris très jeunes que l’argent, ça se gagne avec ses mains, que ça part vite, et que l’important, c’est ce qu’on fait avec le reste du temps.

    Comme trois heures de dîner avec sa mère et sa grand-maman au marché Atwater.

    — Alex, travailleur honnête depuis le premier jour (moins une heure)

  • Lettre à maman Louise : le vingt, le crabe et les fleurs

    Lettre à maman Louise : le vingt, le crabe et les fleurs

    Une lettre d’Alex pour sa maman, Louise. Avec tout l’amour du monde, et un peu d’humour, parce que c’est comme ça qu’on s’aime chez nous.

    Le soir des cartes

    Maman,

    Tu te souviens de ce soir-là? Je descends avec ma belle-sœur, et en bas, c’est la vraie vie de famille : une partie de cartes en plein élan, les assiettes à moitié mangées repoussées au milieu de la table, deux gouttes de vin qui se battent en duel au fond de la bouteille, et mon neveu, quatre ans, qui compte les points avec le sérieux d’un vérificateur général.

    Jules était là aussi, ton chum, le meilleur ami. Il m’a regardé arriver et il a juste dit : « Ah ben là, ça change tout. » Puis plus un mot. Jules, c’est un homme qui économise ses phrases comme d’autres économisent leurs vingt piastres.

    Le mouvement du crabe

    Parlant de vingt piastres.

    Il y en avait un qui traînait sur le coin de la table. Je me suis dit : moi aussi, des fois, j’ai besoin de voir un billet de banque en vrai. Je m’enligne, la main en approche finale…

    Et là, maman, tu as fait le mouvement du crabe.

    De côté. Rapide. Précis. Un « non! » et le vingt avait disparu dans ta main avant même que la mienne arrive. Je n’avais jamais vu ça. Des années de réflexes de mère, de cartes, de vie, concentrées dans un seul geste. J’étais impressionné. J’ai encore l’image en tête, et chaque fois, je ris.

    Tu lisais dans mes pensées. Tu l’as toujours fait.

    Les fleurs

    Puis tu as dit : « Je n’aime pas ça que mes fleurs se retrouvent sur Internet. »

    Et moi, je me suis fâché. Je suis allé dehors, j’ai photographié tout le jardin, le tour de la maison, chaque pétale, et j’ai annoncé sur Facebook : « Major upload in progress. » Jules a ri. Il n’a toujours rien dit, mais il a ri.

    Avec le recul, maman, je comprends.

    Ton jardin, ce n’est pas du contenu. C’est des années de mains dans la terre, de printemps attendus, de matins tranquilles. C’est à toi. Et le jour où tu m’as dit que tu ne voulais pas le voir partout, tu ne me fermais pas une porte : tu me montrais ce qui comptait pour toi.

    Les camps

    Il y a autre chose que je n’ai jamais assez dit : merci pour les camps de vacances.

    Papa et toi, vous avez payé ces étés-là pour souffler un peu, oui, mais aussi pour me laisser devenir quelqu’un d’autre que « le petit » de la maison. Au camp Edphy, j’ai découvert que je pouvais me débrouiller tout seul, et que j’aimais ça.

    Le premier soir, c’était le bivouac avec les filles. Je ne connaissais pas les paroles, alors je les ai apprises en chantant avec les autres, autour du feu. « Notre cœur résonne au loin… » Je les entends encore.

    Et le dernier soir, au petit party de fin de camp, une fille m’a demandé de danser le dernier slow. J’étais tellement nerveux. Le lendemain, je l’ai cherchée partout : pas dans le camp, pas sur les photos. Les gars de la hutte m’ont traité de menteur : « T’as pas dansé de slow! » J’ai dansé, maman. Je le sais. C’est peut-être mon premier vrai mystère.

    Québec, l’été des amis

    Et quand on est arrivés à Québec, papa m’a inscrit aux loisirs Montcalm. Ça m’a pris dix minutes pour me faire un ami, Vincent-Xavier, et on s’est sauvés se promener en ville.

    En arrivant à la coop près de l’édifice Marie-Guyart, où il habitait, il a crié : « JAMES! TOUCHE PAS À MON SKATE, MOLLUSQUE! » Et James est devenu mon meilleur ami sur-le-champ. Le lendemain, un autre passe dans la rue, me regarde et dit : « Toi, t’es mon ami, viens chez nous. » C’était Jean-Philippe. Ce n’était pas plus compliqué que ça.

    Des fois, cinq minutes, c’est vraiment long. Mais quarante-cinq ans, ça passe comme une grosse fin de semaine.

    Papa assis sur le divan, avec un bébé emmailloté et un petit en tuque rouge dans les bras
    Papa, avec ses deux petits dans les bras. Merci à vous deux pour tous ces étés.

    Ce que je voulais te dire

    Je sais que je ne suis pas toujours invité. Je sais aussi que tu es allée voir mon Facebook, des fois, en cachette. Et tu sais quoi? Ça me fait sourire. Ça veut dire que tu regardes encore où ton gars s’en va.

    Alors voici où il s’en va : il bâtit des sites pour sa gang, il répare des vieux ordis avec Daniel pour que d’autres familles ne les jettent pas, il retrace l’histoire de grand-papa Maurice, et il écrit des lettres à sa mère sur Internet. Ça, tu ne pourras pas me le reprendre avec un mouvement de crabe.

    Et tes fleurs, je te le promets : je ne les mettrai plus en ligne sans ta permission. Elles vont rester où elles sont les plus belles, chez toi.

    Je t’aime, maman.

    — Alex

    P.-S. : le vingt piastres, garde-le. Tu l’as gagné à la loyale.

  • Avis officiel : je vais mordre papa

    Journal de Millie, chatte en chef du Repaire. Écrit avec les pattes, relu par personne.

    Avis officiel

    Mrrr. Ceci est une annonce publique.

    Je vais mordre papa.

    Pas aujourd’hui, peut-être. Pas demain, sûrement pas. Mais un jour, quand il s’y attendra le moins, quand il sera bien installé dans son fauteuil avec sa Pabst et son petit air de mathématicien qui calcule tout… je vais frapper.

    Les preuves contre lui

    • Il dit que je suis « juste une chatte ». Juste. Je note.
    • Il ouvre la porte du frigo et ne me donne rien. Deux fois cette semaine. Je compte, moi aussi.
    • Il calcule des probabilités toute la journée, mais il n’a jamais calculé celle-ci : la probabilité qu’une chatte fâchée vise une cheville. Indice : c’est 100 %.
    • Il s’est assis sur MA place sur le divan. Elle était encore chaude. C’est dire.

    Le plan

    Étape 1 : faire semblant de dormir. Je suis excellente là-dedans, c’est mon talent principal.

    Étape 2 : me rouler sur le dos pour montrer mon ventre. Il va croire que c’est une invitation aux flatteries. C’est un piège. Ça a toujours été un piège.

    Étape 3 : petite morsure de principe. Pas méchante. Juste assez pour qu’il comprenne qui dirige vraiment cette maison.

    Étape 4 : partir en courant, la queue en l’air, et me cacher sous le lit pendant qu’il dit « ben voyons, Millie! ».

    Négociations possibles

    Papa peut encore éviter la morsure. Mes conditions :

    1. Une boîte de thon. Du vrai, pas le cheap.
    2. Rendre la place sur le divan, immédiatement et pour toujours.
    3. Des excuses publiques sur #montreal.

    Sinon, ce sera la cheville.

    — Millie, miaaaaw <3

    P.S. : aucun papa n’a été blessé dans l’écriture de ce billet. Pour l’instant.

  • Hello world!

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